PORTRAIT DU JACOBIN

…leur scélératesse extravagante, parvenue enfin à parler seule, devint la loi.

HOEL

 Qu'est-ce que le socialisme français ? (Hoel)

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Robespierre, Danton et Marat (Alfred Loudet, 1882) (photographie : David Monniaux)

                                                                                                                …vous abusez sans cesse des mots pour accuser les personnes et confondre les choses…

                                           … jamais on n’avait préconisé le crime comme un principe de révolution, ni l’oppression comme un principe de liberté, et c’est ce qu’ont fait les jacobins.

…leur scélératesse extravagante, parvenue enfin à parler seule, devint la loi.

                                              Sera-t-il dit que vous irez toujours directement contre votre but ; que toujours vous ferez mépriser par la raison ce que vous voulez faire respecter par des lois ?

La Harpe

« …LE STYLE AUTORITAIRE : C’EST CELUI DE LA SECTE… »

…l’orgueil usurpateur et tyrannique s’est fait une langue à son image…

« Avocat, procureur, chirurgien, journaliste, curé, artiste ou lettré de troisième et quatrième ordre, le Jacobin ressemble à un pâtre qui, tout d’un coup, dans un recoin de sa chaumière, découvrirait des parchemins qui l’appellent à la couronne. Quel contraste entre la mesquinerie de son état et l’importance dont l’investit la théorie ! Comme il embrasse avec amour un dogme qui le relève si haut à ses propres yeux ! Il lit et relit assidûment la Déclaration des droits, la constitution, tous les papiers officiels qui lui confèrent ses glorieuses prérogatives ; il s’en remplit l’imagination, et tout de suite il prend le ton qui convient à sa nouvelle dignité. — Rien de plus hautain, de plus arrogant que ce ton. Dès l’origine, il éclate dans les harangues des clubs et dans les pétitions à l’Assemblée constituante. Loustalot, Fréron, Danton, Marat, Robespierre, Saint-Just ne quittent jamais le style autoritaire : c’est celui de la secte, et il finit par devenir un jargon à l’usage de ses derniers valets. Politesse ou tolérance, tout ce qui ressemble à des égards ou à du respect pour autrui est exclu de leurs paroles comme de leurs actes : l’orgueil usurpateur et tyrannique s’est fait une langue à son image, et l’on voit non seulement les premiers acteurs, mais encore les simples comparses trôner sur leur estrade de grands mots. Chacun d’eux, à ses propres yeux, est un Romain, un sauveur, un héros, un grand homme. »

Hippolyte Taine – La conquête jacobine

« RAISON TRÈS FAIBLE, PASSIONS TRÈS FORTES ET MYSTICISME INTENSE »

« Un Jacobin raisonnant autant qu’on le lui reproche serait accessible quelquefois à la voix de la raison. Or, une observation, faite de la Révolution à nos jours, démontre que le Jacobin, et c’est d’ailleurs sa force, n’est jamais influencé par un raisonnement, quelle qu’en soit la justesse. […] La mentalité jacobine se rencontre surtout chez les caractères passionnés et bornés. Elle implique, en effet, une pensée étroite et rigide, rendant inaccessible à toute critique, à toute considération étrangère à la foi. […] Ce n’est pas, on le voit, par le développement de sa logique rationnelle que pèche le Jacobin. Il en possède très peu et pour ce motif devient souvent fort dangereux. Là où un homme supérieur hésiterait ou s’arrêterait, le Jacobin, qui met sa faible raison au service de ses impulsions, marche avec certitude. […] Avec ces 3 éléments : raison très faible, passions très fortes et mysticisme intense, nous avons les véritables composantes psychologiques de l’âme du Jacobin. »

Gustave Le Bon – La révolution française et la psychologie des révolutions

 

« ASSASSINER LA FRANCE, … ASSASSINER LA LIBERTÉ, … ASSASSINER LA RÉPUBLIQUE »

                                                                                                                    …désigner comme assassin d’intention tout ce qu’elle assassine en réalité.

                                  Si depuis huit ans elle assassine les nobles, les prêtres, les magistrats, les riches, les négociants, les gens de loi, les gens de lettres, les artistes, etc., etc., etc. ; c’est que tous ces gens-là veulent assassiner la France, veulent assassiner la liberté, veulent assassiner la république

« La logique des scélérats est d’appeler toujours un crime à la suite d’un autre crime, comme pour couvrir l’un par l’autre ; et telle était la stupidité des bandits mis en œuvre par les monstres, qu’en massacrant les prêtres, ils semblaient justifier à leurs propres yeux le pillage des temples et des autels. Le signal fut donné, dans toute la France, de courir sus aux prêtres, comme à des ennemis publics qui ne méritaient aucune pitié, qui ne respiraient que le sang, qui n’aspiraient qu’à plonger la France dans des flots de sang, etc., etc., etc. Je répète les propres termes répétés alors sans cesse et par-tout ; et d’ailleurs on sait que c’étaient les mêmes qu’on employa toujours contre toutes les classes de proscrits, et tout était proscrit, hors la faction et ce qui était à elle. Depuis huit ans son caractère particulier, et, pour ainsi dire, son signalement dans le monde, comme il le sera dans l’histoire, c’est de désigner comme assassin d’intention tout ce qu’elle assassine en réalité. Si depuis huit ans elle assassine les nobles, les prêtres, les magistrats, les riches, les négociants, les gens de loi, les gens de lettres, les artistes, etc., etc., etc. ; c’est que tous ces gens-là veulent assassiner la France, veulent assassiner la liberté, veulent assassiner la république, d’où il suit que la faction, avec ses agents, est à elle seule la France, la liberté, la république, puisque tout ce qui n’est pas elle n’est bon qu’à tuer, et que si elle eût pu aller jusqu’au bout, il ne resterait plus à tuer qu’elle-même. »

« CELA PEUT N’ÊTRE PAS VRAI… »

                                                                                                         Cela peut n’être pas vrai ; mais cela est toujours très-bon à dire à la tribune.

                           « Au reste, ce mot de noyades en lui-même est plutôt de néologisme que de révolution. Il ne faut pas oublier que le propre de la langue révolutionnaire est d’employer des mots connus, mais toujours en sens inverse ; et cela ne souffre point d’exception. »

                       « …l’impudence révolutionnaire est l’œil du cyclope, qu’on ne pouvait crever qu’avec un pieu brûlant. Les oppresseurs joignent à une force réelle des prétextes frivoles ; les opprimés n’ont pour eux que la vérité ; tâchons du moins qu’elle soit assez évidente pour ôter les prétextes à la force oppressive, et l’oppression du moins restera seule exposée aux regards, avec toute sa difformité. »

                    « …ce systême est chez eux conséquent et nécessaire. Des hommes que toute vérité accuse et condamne, n’ont d’autre arme, pour se défendre et pour attaquer (par la parole), que le mensonge. Donc ils mentiront tant qu’ils seront à portée de mentir impunément. Dès qu’ils ne le pourront plus, ils seront sans ressource. »

« Il n’y a pas ici un mot qui ne soit d’une exactitude rigoureuse : aussi cette théorie du mensonge, cette consécration de la calomnie se trouvera-t-elle parmi les phénomènes de la Révolution. On ne peut avoir oublié les harangues de Danton et consorts sur la calomnie permise contre les ennemis de la liberté ; et l’on sait que ce nom d’ennemis de la liberté, comme toutes les autres dénominations révolutionnaires, aristocrates, royalistes, chouans, etc., a toujours signifié et signifie encore dans la bouche de l’exécrable faction : tous ceux qui ne sont pas ses complices ou ses esclaves. Cette définition, appliquée aux faits, trouverait très-peu d’exeptions. Voilà d’abord le principe. L’habitude est tellement connue, tellement avouée, qu’il serait superflu et même ridicule de vouloir la prouver : elle l’est au point que, si par hasard il y a quelques exceptions, l’histoire les citera comme des traits extraordinaires, comme une espèce de prodige. Il est de fait que tout ce qui s’appelle jacobin, montagnard, patriote, etc., est occupé chaque jour à composer les mensonges du lendemain. Quant au devoir, le mensonge en est un pour eux, au point que s’il arrivait qu’un d’entre eux montrât le plus petit scrupule à cet égard, il serait traité comme un apostat, un transfuge, en un mot comme un honnête homme. Parmi des faits sans nombre, je ne citerai que celui de vendémiaire, et il est bien avéré. On avait dit à la tribune que les sections travaillaient à affamer Paris. Cette imposture n’était pas plus absurde que mille autres qu’on débitait à toute heure. Cependant, je ne sais comment il se fit que dans un comité quelqu’un dit qu’il n’était pas vrai que les Parisiens cherchassent à s’affamer eux-mêmes, et que ce conte était par trop ridicule. Un autre membre lui répondit avec beaucoup d’humeur : Cela peut n’être pas vrai ; mais cela est toujours très-bon à dire à la tribune. Et il avait raison.

Au reste, prenez garde que ce systême est chez eux conséquent et nécessaire. Des hommes que toute vérité accuse et condamne, n’ont d’autre arme, pour se défendre et pour attaquer (par la parole), que le mensonge. Donc ils mentiront tant qu’ils seront à portée de mentir impunément. Dès qu’ils ne le pourront plus, ils seront sans ressource. »

La Harpe – Du fanatisme dans la langue révolutionnaire