LETTRE OUVERTE AUX JUGES-PROCUREURS DE LA RÉPUBLIQUE

HOEL

La domination française (Hoel)

Sur Amazon.fr

Sur Amazon.com

Qu'est-ce que le socialisme français ? (Hoel)

Sur Amazon.fr

Sur Amazon.com


ABUS DES MOTS

                Les livres, comme les conversations, nous donnent rarement des idées précises. Rien n’est si commun que de lire et de converser inutilement. […] Il faut répéter ici ce que Locke a tant recommandé : Définissez les termes.

ÉGALITÉ

             Il est clair que tous les hommes jouissant des facultés attachées à leur nature sont égaux ; ils le sont quand ils s’acquittent des fonctions animales, et quand ils exercent leur entendement. Le roi de la Chine, le Grand Mogol, le padisha de Turquie ne peut dire au dernier des hommes : Je te défends de digérer, d’aller à la garde-robe, et de penser. Tous les animaux de chaque espèce sont égaux entre eux […]. Les animaux ont naturellement au-dessus de nous l’avantage de l’indépendance.

Voltaire – Dictionnaire philosophique

  Les hommes sont partout également fous ; ils ont fait des lois à mesure, comme on répare des brèches de murailles. […]… la loi est un glaive dont le plus fort coupe par morceaux le plus faible.

Voltaire – Dictionnaire philosophique

                                                               Ce sont les tyrans maladroits qui se servent des baïonnettes, l’art de la tyrannie consiste à faire la même chose avec des juges.

Camille Desmoulins

… quand je dis le droit, je ne pense pas simplement à la loi, mais à l’ensemble des appareils, institutions, règlements, qui appliquent le droit […] Le droit, il faut le voir, je crois, non du côté d’une légitimité à fixer, mais du côté des procédures d’assujettissement qu’il met en œuvre.

Michel Foucault

« On ne répand pas une langue par la force : en imposant sa culture aux Slesvigois qu’elle s’est annexés par la violence, comme aux Polonais de Poznanie ou aux Lorrains de Metz, l’Allemagne se fait un tort moral dont elle ne mesure pas l’étendue. »

« L’Allemagne s’est annexé par la force des Polonais, des Danois et des Lorrains de langue française auxquels elle impose l’usage de la langue allemande, acte de violence qui va contre les principes démocratiques et contre lequel proteste le sentiment universel. »

Antoine Meillet – Les langues dans l’Europe nouvelle (1918)

„E kourt Lise La Tour d’Auvergne, e Kemper, e 1925, eo divennet krañched war an douar ha komz brezoneg. Ar ‘vuoh’ a zo anvet ‘koñsign’…“

Per-Jakez Helias – Marh al Lorh

« Dans la cour du Lycée La Tour d’Auvergne, à Quimper, en 1925, il est défendu de cracher par terre et de parler breton. La ‘vache’ est appelée ‘consigne’… »

 


« Ñ »

Au mois de septembre dernier, e Kemper, la juge Fabienne Clément a décidé l’interdiction du prénom « Fañch », la présence du tilde sur le « n » étant, selon elle, contraire à la loi française – en premier lieu à la loi n° 118 du 2 Thermidor An II (20 juillet 1794) – ainsi qu’à la constitution française. La loi et la constitution françaises ne permettraient que les signes diacritiques présents dans l’ortografe française, ce qui n’est plus le cas du tilde – cela l’a été. Fabienne Clément ne fait en cela que se conformer à la Circulaire du 23 juillet 2014 relative à l’état civil, émanant du Ministère de la Justice.

« UNITÉ DU PAYS » – « ÉGALITÉ »

Fabienne Clément fait accompagner son jugement d’une explication visant à en justifier le bien-fondé d’un point de vue, disons, « moral » :

“Le principe selon lequel les prénoms de l’enfant sont choisis par ses père et mère doit connaître des limites lorsqu’il s’agit d’utiliser une orthographe qui comprend un signe diacritique non reconnu dans la langue française” … “admettre l’inverse reviendrait à rompre la volonté de notre Etat de droit de maintenir l’unité du pays et l’égalité sans distinction d’origine“.

On aimerait que la juge Fabienne Clément nous explique plus précisément par quels mécanismes le prénom « Fañch » est sensé entraîner la fin de « l’unité du pays » ! Mais d’abord, on doit constater que cette justification ne relève pas de la justice. Elle relève de la politique, et d’une politique liberticide, similaire à la « politique » espagnole vis-à-vis de la Catalogne. Elle ne vise pas un crime ou un délit, elle vise la liberté de ne plus faire partie du « pays ». Croire qu’un jugement oppressif va contribuer à « maintenir l’unité du pays » est cependant d’une totale ineptie. Il ne peut au contraire que faire naître ou alimenter la francophobie et le désir de se soustraire à la domination et l’oppression françaises.

Quant à invoquer le principe d’égalité, l’un des fondements des droits humains, pour justifier un jugement oppressif, cela relève de l’imposture. Qui peut en être dupe ? La discrimination envers les langues et leur oppression violent au contraire le principe d’égalité entre êtres humains.

« C’H »

L’ironie veut que le nom du procureur de la République de Quimper, Thierry Lescouarc’h, se termine par une lettre, le « c’h » (correspondant à la jota espagnol), n’appartenant pas à l’orthographe du français mais, comme le « ñ », à celle du breton, lettre notant un phonème n’appartenant pas à la phonologie du français. Cette lettre devrait donc également être interdite !

Et les lettres ayant pour but de noter des sons, la logique voudrait qu’on interdise en même temps que les lettres et signes « non-français » les phonèmes « non-français », même écrits avec des signes « français » (comme dans le prénom « Juan »), qui « menacent » tout autant « l’unité du pays » !

VANDALE

Les langues non-officielles (dites « régionales ») appartiennent au « patrimoine de la France », selon la constitution française. Classer ces langues au sein du « patrimoine » revient à faire de leur destructeur, l’Etat français, un Vandale – ce qu’il est effectivement.

FOUQUIER-TINVILLE : « EN VERTU DES LOIS »

Il est manifestement facile pour un juge-procureur d’avoir bonne conscience quand il ne fait qu’appliquer la loi – dura lex, sed lex. L’histoire nous montre cependant plus d’un criminel s’étant considéré comme innocent du fait qu’il n’avait fait qu’appliquer la loi, l’un des plus célèbres étant Fouquier-Tinville, le procureur-accusateur de la république qui officiait lorsque la loi n° 118 du 2 Thermidor An II fut passée. Le jour de son jugement, il termina son plaidoyer ainsi :

« Ce n’est pas moi qui devrais être traduit ici, mais les chefs dont j’ai exécuté les ordres. Je n’ai agi qu’en vertu des lois portées par une Convention investie de tous les pouvoirs. Par l’absence de ses membres, je me trouve le chef d’une conspiration que je n’ai jamais connue. Me voilà en butte à la calomnie, à un peuple toujours avide de trouver des coupables. »

« SIX MOIS D’EMPRISONNEMENT » – « DESTITUÉ »

La loi du 2 Thermidor An II ne condamne pas un fonctionnaire qui utiliserait une autre langue que le français à l’échafaud, mais seulement à « six mois d’emprisonnement », et à être « destitué ». Pour des temps si durs, c’était presque de la clémence ! Cette loi est toujours en vigueur ! Dans quel autre pays condamne-t-on un être humain à six mois de prison et à la perte de son emploi pour avoir utilisé la langue traditionnelle du lieu ?

LES JACOBINS

                                                 … jamais on n’avait préconisé le crime comme un principe de révolution, ni l’oppression comme un principe de liberté, et c’est ce qu’ont fait les jacobins.

…leur scélératesse extravagante, parvenue enfin à parler seule, devint la loi.

                                                       Sera-t-il dit que vous irez toujours directement contre votre but ; que toujours vous ferez mépriser par la raison ce que vous voulez faire respecter par des lois ?

La Harpe

Ceux qui faisaient les lois le 2 Thermidor de l’An II, les jacobins, étaient les auteurs d’une autre loi célèbre, celle du 22 prairial [10 juin] :

« La loi du 22 prairial an II (10 juin 1794), dite loi de Prairial, est la loi rédigée par Georges Couthon et initiée par Robespierre qui accentue la Terreur en procédant à la réorganisation du Tribunal révolutionnaire, et ouvre une courte période appelée « Grande Terreur », qui dure jusqu’à la chute de Robespierre le 27 juillet 1794. Instaurée par une majorité des membres du Comité de salut public, elle prive les accusés du droit de défense et de recours. » [Wikipedia]

La loi du 2 Thermidor de l’An II interdit le breton, et les autres langues — en dehors du français. Avons-nous eu un droit de défense et de recours ?

LA LANGUE DE L’IMPÉRIALISME, …

Robespierre sera arrêté le 9 Thermidor et exécuté le 10, soit huit jours après l’adoption de la loi du 2 Thermidor, mais celle-ci restera en application sous tous les régimes : directoire, consulat, premier et second empires, royauté, républiques, sans oublier le régime de Vichy. Le français n’est pas seulement « la langue de la république », c’est aussi la langue de la royauté, la langue de l’empire et de l’impérialisme, la langue de la collaboration, la langue de la déportation des Juifs…

BARRÈRE : « FAIRE DISPARAÎTRE »

La loi du 2 Thermidor n’est pas apparue soudainement de nulle part. Elle fait suite à deux rapports, l’un de Barrère, l’autre de Grégoire.

Le rapport de Barrère, fait « au nom du comité de salut public » et présenté le 27 janvier 1794, s’intitule Rapport sur les moyens de propager la langue française dans l’intérieur de la République. Mais il ne s’agit pas seulement de propager la langue française, il s’agit de détruire les autres langues.

« La différence des conditions, l’orgueil a produit la première émigration, qui a donné à la France des milliards ; la différence du langage, le défaut d’éducation, l’ignorance ont produit la seconde émigration, qui laisse presque tout un département sans cultivateurs : c’est ainsi que la contre-révolution s’est établie sur quelques frontières en se réfugiant dans les idiomes celtiques ou barbares, que nous aurions dû faire disparaître. »

« Le fédéralisme et la superstition parlent breton ; l’émigration et la haine de la République parlent allemand ; la contre-révolution parle l’italien ; et le fanatisme parle basque. Cassons ces instrumens de dommage et d’erreur ! »

GRÉGOIRE : « ANÉANTIR » – « DÉTRUIRE ENTIÈREMENT » – « EXTIRPER »

Le rapport de Grégoire, quant à lui, s’intitule Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française. Il a été présenté à la Convention le 4 juin 1794.

Grégoire, pour établir son rapport, avait réalisé une enquête sous forme d’un questionnaire envoyé (en 1790) à des correspondants. Le questionnaire comporte 43 questions, dont les deux suivantes :

  1. – Quelle serait l’importance religieuse et politique de détruire entièrement ce patois ?
  2. – Quels en seraient les moyens ?

Avant ce rapport, Grégoire était déjà l’auteur d’un Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs (1789). Et déjà, dans cet essai, la destruction des langues était à l’ordre du jour.

D’abord celle du yiddish : « Sans doute on parviendra quelques jours à extirper cette espèce d’argot, ce jargon tudesco-hébraïco-rabbinique dont se servent les Juifs allemands, qui n’est intelligible que pour eux, et ne sert qu’à épaissir l’ignorance ou à masquer la fourberie. »

Puis celle des autres : « Les gouvernements ignorent ou ne sentent pas assez combien l’anéantissement des patois importe à l’expansion des lumières, à la connaissance épurée de la religion, à l’exécution facile des lois, au bonheur national, et à la tranquillité politique. »

DELLA RAGION DI STATO

L’idée qu’un Etat se doit d’imposer sa langue ou son dialecte n’était pas nouvelle. En 1589, l’italien Giovanni Botero avait publié à Venise Della Ragion Di Stato (De la Raison d’Etat) dans lequel on peut lire ceci :

“Guglielmo duca di Normandia, avendo acquistato il regno d’Inghilterra, per avvilir quelle genti mutò tutti gli ufficiali e diede agl’Inglesi nuove leggi in lingua normanda, affinché si conoscessero per sudditi d’altra natione e, con la novità delle leggi e della lingua, mutassero anco animo e pensiero.”

« Guillaume, duc de Normandie, ayant conquis le royaume d’Angleterre, pour humilier ces gens, changea tous les officiers et donna aux Anglais de nouvelles lois en langue normande, afin qu’ils se connussent comme sujets d’une autre nation et, qu’avec la nouveauté des lois et de la langue, ils modifiassent aussi leur esprit et leur pensée. »

« RÉGÉNÉRATION » = « ASSIMILATION » : « LE MOYEN DE SA DOMINATION »

Pour Grégoire et les révolutionnaires jacobins, la destruction des « patois » s’inscrit dans un projet d’ensemble, qui est la « régénération » de l’ensemble des populations. Pour les Juifs, leur « régénération physique, morale et politique » doit consister, selon Grégoire, à en faire des francophones et des chrétiens, c’est-à-dire à les faire disparaître culturellement et politiquement en tant que Juifs.

La « régénération » des révolutionnaires jacobins sera appliquée par la suite dans tous les nouveaux territoires tombés sous la domination française :

« Les races conquérantes les plus habiles ont compris la nécessité de ne pas heurter les croyances de leurs sujets et de respecter leurs institutions. Les Français, au contraire, essayent de transformer les sociétés indigènes avant même d’avoir assis leur conquête. Ils professent que les institutions, les croyances, les langues même, entretiennent l’hostilité des indigènes contre le nouvel état de choses, et que pour obtenir leur sympathie ou leur résignation, il n’y a qu’une méthode efficace : l’assimilation. »

« Pénétrée de cette idée consacrée par la Révolution, qu’il existe une formule absolue pour faire le bonheur des peuples, formule indépendante des temps et des lieux, la France s’attribue la mission d’en hâter l’avènement chez ses sujets. Elle est persuadée que sa gloire et ses intérêts sont également liés à la réalisation de cet idéal et l’assimilation morale des races les plus hétérogènes sur lesquelles elle a étendu sa souveraineté lui apparaît non seulement comme le but, mais surtout comme le moyen de sa domination. »

Léopold de Saussure – Psychologie de la Colonisation Française dans ses Rapports avec les Sociétés Indigènes (1899)

« CIVILISATION SUPÉRIEURE » , « RACES SUPÉRIEURES » = IDÉOLOGIE NAZIE

          Telle est donc la condition humaine que souhaiter la grandeur de son pays, c’est souhaiter du mal à ses voisins. Celui qui voudrait que sa patrie ne fût jamais ni plus grande, ni plus petite, ni plus riche, ni plus pauvre, serait le citoyen de l’univers.

Voltaire – Patrie (Dictionnaire Philosophique)

       Au moment où la France s’engage à la suite de son chef, Pétain, dans cette Collaboration qui doit porter l’Europe à sa plus haute puissance, il a été bien intéressant de faire l’inventaire des forces morales dont le pays dispose. La littérature n’est-elle pas une de ces forces-là ; un des plus puissants moyens pour assurer la supériorité de la civilisation ?

J.-H. Rosny-Jeune, président de l’Académie Goncourt de 1940 à 1945

Voici des extraits du discours qu’a tenu le républicain Jules Ferry en juillet 1885 à la chambre des députés :

« Le parti républicain a montré qu’il comprenait bien qu’on ne pouvait pas proposer à la France un idéal politique conforme à celui des nations comme la libre Belgique et comme la Suisse républicaine ; qu’il faut autre chose à la France : qu’elle ne peut pas être seulement un pays libre ; qu’elle doit aussi être un grand pays, exerçant sur les destinées de l’Europe toute l’influence qui lui appartient, qu’elle doit répandre cette influence sur le monde, et porter partout où elle le peut sa langue, ses mœurs, son drapeau, ses armes, son génie. »

« Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… »

« On peut rattacher le système d’expansion coloniale à trois ordres d’idées : à des idées économiques, à des idées de civilisation, à des idées d’ordre politique et patriotique… »

« Il y a un second point que je dois aborder (…) c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question (…) Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je dis qu’il y a pour elles un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. »

L’imposition par la France (républicaine et autres) de sa langue – et de ses « mœurs », « drapeau », « armes », « génie », … – est justifiée par le fait que les Français feraient partie des « races supérieures », ce qui leur donnerait des « droits » vis-à-vis des « races inférieures ».

Nous ne sommes cependant pas obligés de le croire. Nous ne sommes pas obligés de croire que les Français soient une « race supérieure » ayant des droits sur les supposées races inférieures, dont celui d’imposer leur langue. Nous ne sommes pas obligés de croire à cette idéologie nazie.

                                                                                                           Un Italien résumait ainsi les supériorités de la France : le Vin et l’Armée.

Edmond et Jules de Goncourt – Idées et sensations

« FAIRE MOURIR UNE LANGUE » = « GÉNOCIDE CULTUREL »

La régénération – ou l’assimilation – d’un peuple, d’une nation, est ce que l’inventeur du mot génocide (1942), Raphael Lemkin, a appelé un génocide culturel. En 1831, la destruction du breton avait déjà été dénoncée par un Nantais, préfet du Morbihan, Édouard Lorois :

« Je suis Breton et j’éprouve une vive sympathie pour tout ce qui peut conserver notre nationalité. Je sais que les principes généraux des Gouvernements sont de combattre l’esprit de province et d’effacer, autant que possible, les divisions résultantes des différences de langage. Mais une langue vivante est un peuple. Faire mourir une langue, c’est faire disparaître une individualité de la famille des nations ; c’est détruire un système d’entendement, un caractère national, des mœurs, une littérature. La philosophie et la morale condamnent également cette espèce de meurtre. »

« LES CORPS ONT DES PRIVILÈGES, LES NATIONS ONT DES DROITS. »

                                       J’ai dit que ce n’était pas un privilège, que les corporations avaient des privilèges (elles en avaient à cette époque), mais que les nations avaient des droits

Le Chapelier (1788)

      « Tous les avocats de Rennes, dont plusieurs siègent dans cette Assemblée, disaient alors au Roi : Vous ne laisserez pas subsister des projets qui, quand ils n’offriraient que des avantages, ne pourraient être exécutés sans le consentement des États ; nos franchises sont des droits, et non pas des privilèges, comme on a persuadé à Votre Majesté de les nommer, pour la rendre moins scrupuleuse à les enfreindre. Les corps ont des privilèges, les nations ont des droits. »

La Houssaye, magistrat de la chambre des vacations de Rennes (8 janvier 1790)

Êtes-vous Bretons ? Les Français commandent.

Mirabeau – Discours à l’Assemblée Constituante (9 janvier 1790)

LA CI-DEVANT BRETAGNE – LES CI-DEVANT BRETONS

                     « Cette enquête rend à la Bretagne et aux Bretons leur identité et leurs racines. Pourquoi ? Parce que les Bretons ne connaissent pas leur histoire. Hormis Du Guesclin, le roi Arthur avec la série Kaamelott et Anne de Bretagne, ce passé reste confisqué. Par qui et pourquoi ? »

Frédéric Morvan – Bretagne, l’histoire confisquée

L’interdiction du prénom « Fañch » s’inscrit dans une politique générale de l’Etat français depuis l’annexion de la Bretagne par la royauté française, avec une nouvelle étape à partir de 1789.

Il ne s’agit pas seulement d’interdire un prénom – et une orthographe –, il ne s’agit pas seulement d’interdire une langue (deux langues, avec le gallo), il s’agit aussi d’interdire l’enseignement de l’histoire de la Bretagne… Les Bretons doivent ignorer leur histoire, leur passé, leurs racines.

Il s’agit en fait d’interdire le fait d’être Breton et de se penser Breton. L’interdit porte sur l’identité bretonne dans son ensemble.

Ce que les révolutionnaires français ont décidé, dans la nuit du 4 août 1789, c’est de faire disparaitre la nation bretonne, ni plus ni moins.

                               …pour effacer tous les prétextes et tous les malentendus, et pour ôter aux tyrans, à nos ennemis, une arme perfide, je demande la suspension du nom Français, à l’instar de ceux de Bourguignon, de Normand, de Gascon… 

Anacharsis Clootz – Discours du 24 avril 1793

La nuit du 4 août 1789, les révolutionnaires français n’ont pas fait que voter la fin des privilèges de la noblesse, ils ont violé les droits de la nation bretonne. Ils ont fait cependant infiniment plus que de violer ses droits, ils ont décidé de la faire disparaître ! Ils l’ont fait disparaître d’abord sur le papier, puis ils l’ont fait disparaître concrètement et méthodiquement, en faisant disparaître le parlement, puis en faisant disparaître la Bretagne elle-même, remplacée par cinq départements. Plus de Bretagne, plus de nation bretonne, plus de Bretons.

De même que les mots relatifs à la noblesse sont dès lors précédés du terme « ci-devant », de même, les mots « Bretagne » et « Bretons » se voient affublés par les révolutionnaires de ce marqueur des choses supprimées par la révolution :

« Avant-hier, vingt-six administrateurs du Finistère ont porté leurs têtes sur l’échafaud. Ces Messieurs voulaient donner la ci-devant Bretagne aux Anglais. »

Donzé-Verteuil, « accusateur public »

Il restait une langue, le breton, qui rappelait le nom de la Bretagne, il fallait aussi la faire disparaître.

« Nous n’avons plus de provinces, & nous avons encore environ trente patois qui en rappellent les NOMS. »

« …mais enfin les vraies dénominations prévaudront même parmi les ci-devant Basques & Bretons, à qui le gouvernement aura prodigué ses moyens : & sans pouvoir assigner l’époque fixe à laquelle ces idiômes auront entièrement disparu, on peut augurer qu’elle est prochaine. »

Henri Grégoire – Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française (1794)

Ce qu’ont entrepris les révolutionnaires français, et ce qui a été mené par l’Etat français depuis la révolution de 1789, quel que soit le régime politique et le parti au pouvoir, c’est un génocide culturel : la « destruction » de la nation bretonne.

« JUSTICE » FRANÇAISE ET GÉNOCIDE CULTUREL

                                                                           « Il n’y a pas un peuple alsacien. Il n’y a qu’un seul peuple français. […] La France, elle est une et indivisible. »

Manuel Valls (Assemblée nationale française) (2014)

La « justice » française est pleinement partie prenante dans ce génocide culturel :

1 – En interdisant le breton et le gallo dans les « palais de justice » en Bretagne, et donc en imposant de force et exclusivement le français, elle participe à la destruction de ces langues.

2 – En refusant de reconnaître l’existence des Bretons, et en refusant par conséquent de leur reconnaître des droits en tant que Bretons, elle est directement négationniste, oppressive et génocidaire. L’existence d’un racisme anti-breton est, toujours en conséquence, également rejeté comme ne pouvant pas exister. Or le summum du racisme réside dans le fait de nier notre existence (comme celle des Alsaciens, des Basques, etc.), négationnisme accompagnant la volonté de nous faire disparaître et « blanchissant » l’Etat français de son forfait : la victime n’existe pas !

Jamais Rome ne se donna la peine de faire la guerre aux langues des vaincus. Elle ne combattit ni l’ibérique, ni le punique, ni le phrygien, et pourtant ces langues disparurent. Aucune loi n’interdit à personne l’usage de l’idiome de ses pères. […] Il aurait été contraire à toutes les habitudes d’esprit des anciens qu’un vainqueur exigeât des vaincus de se transformer à son image.

Fustel de Coulanges – La Gaule romaine

Nulle part, en aucune circonstance, le conquérant ne doit négliger ou mépriser la langue indigène, ni laisser s’anémier son enseignement, surtout dès qu’elle possède une écriture, une littérature et une histoire, et, s’il le fait, volontairement ou par indifférence, il se rend coupable de la plus imprévoyante, de la plus inintelligente et de la plus immorale des actions.

Jules Harmand – Domination et Colonisation

Ce génocide culturel doit cesser —

et va cesser.

Nous allons nous redonner, à nous Bretons, notre existence officielle et nos droits

DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME

Les juges-procureurs-de-la-république-française font semblant de ne pas savoir qu’existent, au-dessus de la volonté particulière de tel ou tel État en matière de droits, – et s’imposant à ces États – des droits humains reconnus par la Déclaration universelle des droits de l’homme, une déclaration adoptée le 10 décembre 1948 … à Paris, au Palais de Chaillot ! En voici l’article premier :

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

LA CHARTE 08

Charter 08 – Liu Xiaobo’s pro-democracy manifesto for China that led to his jailing

Human Rights: Human rights are not bestowed by a state; they are inherent rights enjoyed by every person [Les droits humains ne sont pas accordés par un État ; ce sont des droits inhérents dont jouit toute personne.] Guaranteeing human rights is both the most important objective of a government and the foundation of the legitimacy of its public authority; it is also the intrinsic requirement of the policy of “putting people first.” China’s successive political disasters have all been closely related to the disregard for human rights by the ruling establishment. People are the mainstay of a nation; a nation serves its people; government exists for the people.

Equality: The integrity, dignity, and freedom of every individual, regardless of social status, occupation, gender, economic circumstances, ethnicity, skin color, religion, or political belief, are equal. The principles of equality before the law for each and every person and equality in social, economic, cultural, and political rights [égalité en matière de droits sociaux, économiques, culturels et politiques] of all citizens must be implemented.

DROITS CULTURELS

Les droits culturels incluent les droits linguistiques – la langue étant intimement liée à la culture –, la langue, et donc l’orthographe qui sert à l’écrire, et dans laquelle s’écrivent les prénoms. Le choix d’un prénom est un choix culturel. Il fait donc parti des droits fondamentaux de tous êtres humains. L’interdiction d’un prénom en raison de son orthographe est une violation de l’égalité en matière de droits culturels.

Δημοκρατία : DÉMOCRATIE

„Ὑπόθεσις μὲν οὖν τῆς δημοκρατικῆς πολιτείας ἐλευθερία· τοῦτο γὰρ λέγειν εἰώθασιν, ὡς ἐν μόνῃ τῇ πολιτείᾳ ταύτῃ μετέχοντας ἐλευθερίας, τούτου γὰρ στοχάζεσθαί φασι πᾶσαν δημοκρατίαν.“

Ἀριστοτέλης – Πολιτικά

« Le principe fondamental d’un régime politique démocratique est la liberté — c’est en effet ce qui est dit habituellement, du fait que c’est dans ce seul régime politique qu’on prend part à la liberté, car toute démocratie, dit-on, vise à cela. »

Aristote – Politiques

DU CONTRAT SOCIAL :

« l’association civile est l’acte du monde le plus volontaire »

                                                                                   Rousseau, a lover of freedom, was used in the French Revolution to build up a model of social oppression.

Michel Foucault

                                                                 Rousseau, un amoureux de la liberté, fut utilisé lors de la Révolution française pour bâtir un modèle d’oppression sociale.

La liberté politique, et donc la démocratie, repose sur le « contrat » ou « pacte » social, tel que défini par Rousseau (philosophe helvète) :

« Il n’y a qu’une seule loi qui par sa nature exige un consentement unanime. C’est le pacte social : car l’association civile est l’acte du monde le plus volontaire ; tout homme étant né libre & maitre de lui-même, nul ne peut, sous quelque prétexte que ce puisse être, l’assujettir sans son aveu. Décider que le fils d’une esclave nait esclave, c’est décider qu’il ne nait pas homme. »

« Les clauses de ce contract sont tellement déterminées par la nature de l’acte, que la moindre modification les rendroit vaines & de nul effet ; en sorte que, bien qu’elles n’aient peut-être jamais été formellement énoncées, elles sont par-tout les mêmes, par-tout tacitement admises & reconnües ; jusqu’à ce que, le pacte social étant violé, chacun rentre alors dans ses premiers droits & reprenne sa liberté naturelle, en perdant la liberté conventionnelle pour laquelle il y renonça. »

J.-J. Rousseau – Du Contrat social

LE SYSTÈME JACOBIN

« Il est de fait que tout ce qui s’appelle jacobin, montagnard, patriote, etc., est occupé chaque jour à composer les mensonges du lendemain. »

« …ils mentiront tant qu’ils seront à portée de mentir impunément. Dès qu’ils ne le pourront plus, ils seront sans ressource. »

« Il n’y a pas ici un mot qui ne soit d’une exactitude rigoureuse : aussi cette théorie du mensonge, cette consécration de la calomnie se trouvera-t-elle parmi les phénomènes de la Révolution. On ne peut avoir oublié les harangues de Danton et consorts sur la calomnie permise contre les ennemis de la liberté ; et l’on sait que ce nom d’ennemis de la liberté, comme toutes les autres dénominations révolutionnaires, aristocrates, royalistes, chouans, etc., a toujours signifié et signifie encore dans la bouche de l’exécrable faction : tous ceux qui ne sont pas ses complices ou ses esclaves. Cette définition, appliquée aux faits, trouverait très-peu d’exeptions. Voilà d’abord le principe. L’habitude est tellement connue, tellement avouée, qu’il serait superflu et même ridicule de vouloir la prouver : elle l’est au point que, si par hasard il y a quelques exceptions, l’histoire les citera comme des traits extraordinaires, comme une espèce de prodige. Il est de fait que tout ce qui s’appelle jacobin, montagnard, patriote, etc., est occupé chaque jour à composer les mensonges du lendemain. Quant au devoir, le mensonge en est un pour eux, au point que s’il arrivait qu’un d’entre eux montrât le plus petit scrupule à cet égard, il serait traité comme un apostat, un transfuge, en un mot comme un honnête homme. […]

Au reste, prenez garde que ce systême est chez eux conséquent et nécessaire. Des hommes que toute vérité accuse et condamne, n’ont d’autre arme, pour se défendre et pour attaquer (par la parole), que le mensonge. Donc ils mentiront tant qu’ils seront à portée de mentir impunément. Dès qu’ils ne le pourront plus, ils seront sans ressource. »

La Harpe – Du fanatisme dans la langue révolutionnaire (1797)

« Philosophe, amateur de la sagesse, c’est-à-dire de la vérité. »

Voltaire

Hoel