À PROPOS DE LA DOMINATION FRANÇAISE

HOEL

La domination française (Hoel)

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Qu'est-ce que le socialisme français ? (Hoel)

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         « Quand on s’intéresse à la fois à la question des discriminations et à celle des pratiques linguistiques, notamment en France, on constate très vite que les discriminations linguistiques sont généralement ignorées, au double sens d’« inconnues » (on ne sait pas que ça existe, on ne les voit pas) et de « négligées » (on n’y accorde aucune attention quand on en voit). Très peu de liens sont faits entre ces deux questions, à part quelques vigilances de militants ou de chercheurs spécialisés. […]

          Cette discrimination linguistique s’appuie non seulement sur des façons de parler une langue (comme « avoir un accent » en français) mais aussi sur le fait de parler d’autres langues que la langue attendue, imposée, survalorisée. […]

         Mais un autre monde est possible où l’on adapterait les langues aux humains et à leurs besoins plutôt que de forcer les humains à s’adapter aux langues prédéfinies par celles et ceux qui s’arrogent le pouvoir de le faire et d’en faire un moyen de sélection et de domination. »

              « Y a aucune raison qu’on interdise à quelqu’un d’utiliser sa langue, y compris sa langue première, et qu’on l’oblige à passer par la langue de quelqu’un d’autre pour avoir accès, par exemple, à des droits administratifs, des ressources, des services, etc. »

Philippe Blanchet


           “His experience of French politics had taught him that whenever the enemy seeks control, he makes a point of using some oppressed element of the population as his lackeys and henchmen, rewarding them with special privileges, as a kind of sop.”

Hannah Arendt

« Son expérience de la politique française lui avait enseigné que chaque fois que l’ennemi cherche à dominer, il ne manque pas d’utiliser certains éléments opprimés de la population en tant que laquais et que sbires, les récompensant avec des privilèges spéciaux, comme une sorte d’os à ronger. »


« Pénétrée de cette idée consacrée par la Révolution, qu’il existe une formule absolue pour faire le bonheur des peuples, formule indépendante des temps et des lieux, la France s’attribue la mission d’en hâter l’avènement chez ses sujets. Elle est persuadée que sa gloire et ses intérêts sont également liés à la réalisation de cet idéal et l’assimilation morale des races les plus hétérogènes sur lesquelles elle a étendu sa souveraineté lui apparaît non seulement comme le but, mais surtout comme le moyen de sa domination. […] l’assimilation reste le but constant de nos efforts. […]

       La politique de l’assimilation repose sur un raisonnement très séduisant et qui aura toujours accès dans l’esprit latin, tant que les dogmes philosophiques dont il est imprégné n’auront pas été modifiés. Si les indigènes, nous disons-nous, se montrent réfractaires aux bienfaits de la civilisation que nous leur apportons, c’est que leurs préjugés ne leur ont pas encore permis de comprendre les avantages qu’ils pourront en retirer. Ces préjuges sont entretenus chez eux par les vestiges de leur ancien état, par leurs croyances, leurs institutions, leurs langues. Supprimons ces restes d’un passé aboli. S’ils sont trop invétérés dans la génération actuelle, adressons-nous par l’éducation aux générations futures. Enseignons aux enfants notre langue, inculquons-leur nos idées et la France comptera bientôt par millions, sinon de nouveaux citoyens, du moins des sujets fidèles et reconnaissants.

                                                  Ce raisonnement, en apparence habile et généreux, est en réalité inapplicable, oppressif et aussi nuisible à nos intérêts qu’à ceux de nos sujets.

             Les races conquérantes les plus habiles ont compris la nécessité de ne pas heurter les croyances de leurs sujets et de respecter leurs institutions. Les Français, au contraire, essayent de transformer les sociétés indigènes avant même d’avoir assis leur conquête. Ils professent que les institutions, les croyances, les langues même, entretiennent l’hostilité des indigènes contre le nouvel état de choses, et que pour obtenir leur sympathie ou leur résignation, il n’y a qu’une méthode efficace : l’assimilation. »

Léopold de Saussure – Psychologie de la Colonisation Française dans ses Rapports avec les Sociétés Indigènes (1899)


                    « Nous ne sommes point dupes de votre langage : nous avons trop bien appris à le connaître. Dans votre bouche, aimez la libertéaimez la constitutionaimez la république, tout cela ne signifie qu’une seule et même chose : aimez notre domination, et en conscience je ne crois pas que nous y soyons obligés. »

« …jamais on n’avait préconisé le crime comme un principe de révolution, ni l’oppression comme un principe de liberté, et c’est ce qu’ont fait les jacobins. »

La Harpe – Du fanatisme dans la langue révolutionnaire (1797)


« ON NE RÉPAND PAS UNE LANGUE PAR LA FORCE »

Le linguiste Philippe Blanchet a écrit un livre sur la discrimination linguistique en France (Discriminations : combattre la glottophobie). Parler de « discrimination linguistique » en France est à la fois révolutionnaire, et un euphémisme. Car la politique linguistique de l’Etat français, depuis la loi du 2 thermidor an II (20 juillet 1794), est une politique d’oppression linguistique qui a un but bien précis, exprimé on ne peut plus clairement par l’abbé Grégoire dans son Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française (1794) :

« Encourageons tout ce qui peut être avantageux à la patrie ; que dès ce moment l’idiôme de la liberté soit à l’ordre du jour, & que le zèle des citoyens proscrive à jamais les jargons, qui sont les derniers vestiges de la féodalité détruite. […] Quelques locutions bâtardes, quelques idiotismes prolongeront encore leur existence dans le canton où ils étoient connus. Malgré les efforts de Desgrouais, les gasconismes corrigés sont encore à corriger. Les citoyens de Saintes iront encore voir leur borderie, ceux de Blois leur closerie, & ceux de Paris leur métairie. Vers Bordeaux, on défrichera des landes, vers Nîmes des garrigues ; mais enfin les vraies dénominations prévaudront même parmi les ci-devant Basques & Bretons, à qui le gouvernement aura prodigué ses moyens : &, sans pouvoir assigner l’époque fixe à laquelle ces idiômes auront entièrement disparu, on peut augurer qu’elle est prochaine. »

« Nous n’avons plus de provinces, & nous avons encore environ trente patois qui en rappellent les NOMS. »

Cette politique linguicidaire avait été dénoncée en 1831 par un nantais, Édouard Lorois, alors préfet du Morbihan :

« Je suis Breton et j’éprouve une vive sympathie pour tout ce qui peut conserver notre nationalité. Je sais que les principes généraux des Gouvernements sont de combattre l’esprit de province et d’effacer, autant que possible, les divisions résultantes des différences de langage. Mais une langue vivante est un peuple. Faire mourir une langue, c’est faire disparaître une individualité de la famille des nations ; c’est détruire un système d’entendement, un caractère national, des mœurs, une littérature. La philosophie et la morale condamnent également cette espèce de meurtre. »

Les Français savent à l’occasion dénoncer une telle oppression, quand elle est le fait des autres :

« On ne répand pas une langue par la force : en imposant sa culture aux Slesvigois qu’elle s’est annexés par la violence, comme aux Polonais de Poznanie ou aux Lorrains de Metz, l’Allemagne se fait un tort moral dont elle ne mesure pas l’étendue. »

« L’Allemagne s’est annexé par la force des Polonais, des Danois et des Lorrains de langue française auxquels elle impose l’usage de la langue allemande, acte de violence qui va contre les principes démocratiques et contre lequel proteste le sentiment universel. »

Antoine Meillet – Les langues dans l’Europe nouvelle (1918)

Le même, dans le même ouvrage :

« Tout impose au Français d’aujourd’hui l’usage du français commun. »

« Les parlers bretons, flamands ou provençaux, s’éliminent simplement. »

L’oppression linguistique que nous subissons depuis plus de deux siècles est « acte de violence qui va contre les principes démocratiques et contre lequel proteste le sentiment universel. »


LA LOI

En novembre 2016 a été ajoutée parmi les discriminations punies par la loi françaises une discrimination liée à la langue :

« Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques sur le fondement de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, […] de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur capacité à s’exprimer dans une langue autre que le français, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une Nation, une prétendue race ou une religion déterminée. »

Article 225 du code pénal modifié par la loi n°2016-1547

Cette loi, qui aurait dû condamner toutes les formes de discriminations linguistiques, ne porte que sur une discrimination particulière, celle relative à la capacité de parler une autre langue que le français. La loi interdit de discriminer quelqu’un parce qu’il est capable de parler une autre langue que le français, mais elle ne condamne pas le fait de lui interdire de parler cette langue ! L’hypocrisie aboutit à la plus grande absurdité ! Veut-on faire croire qu’on a introduit la discrimination linguistique dans la loi quand en réalité celle-ci reste pour l’essentielle permise ? La règle en France, à l’heure actuelle, n’est pas le combat contre la discrimination linguistique, la règle reste une oppression linguistique non avouée.

Le député Paul Molac a essayé en 2016 de faire abroger la loi du 2 thermidor an II — en vain !!

Une démocratie ne peut interdire que les actes criminels. Soit parler une autre langue que le français est un crime — un crime contre qui ? —, et elles doivent alors être totalement interdites, soit ce n’est pas un crime, et c’est, dans ce cas, le fait de les interdire qui est un crime.

Les mots ont un sens. Aujourd’hui, sur les bâtiments publics, sont inscrits les mots « liberté, égalité, fraternité ». A l’intérieur de ces mêmes bâtiments est affiché la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Et dans ces mêmes bâtiments, les autres langues que le français sont interdites. On n’interdit pas une langue au nom de la liberté et de l’égalité. On n’inspire pas la fraternité par l’oppression linguistique. On suscite la haine. Parfois la haine de soi, et parfois la haine de l’oppresseur.


L’HISTOIRE DE LA BRETAGNE

L’enseignement de l’histoire de la Bretagne est interdit en Bretagne.

« Cette enquête rend à la Bretagne et aux Bretons leur identité et leurs racines. Pourquoi ? Parce que les Bretons ne connaissent pas leur histoire. Hormis Du Guesclin, le roi Arthur avec la série Kaamelott et Anne de Bretagne, ce passé reste confisqué. Par qui et pourquoi ? »

Frédéric Morvan – Bretagne, l’histoire confisquée

On sait par qui ! Et on sait pourquoi !

« Pour liquider les peuples, disait Hübl, on commence par leur enlever la mémoire. On détruit leurs livres, leur culture, leur histoire. Et quelqu’un d’autre leur écrit d’autres livres, leur donne une autre culture et leur invente une autre Histoire. Ensuite, le peuple commence lentement à oublier ce qu’il est et ce qu’il était. Le monde autour de lui l’oublie encore plus vite.

 Et la langue ?

 Pourquoi nous l’enlèverait-on ? Ce ne sera plus qu’un folklore qui mourra tôt ou tard de mort naturelle. »

Milan Kundera – Le livre du rire et de l’oubli

Ceux qui occultent l’histoire de la Bretagne sont ceux qui ont instauré l’oppression linguistique, et cela dans le but de liquider la nation bretonne.


« LES CORPS ONT DES PRIVILÈGES, LES NATIONS ONT DES DROITS. »

Le 9 janvier 1790, l’ex-comte de Mirabeau prononçait cette phrase : « Êtes-vous Bretons ? Les Français commandent. » Il réagissait au discours d’un magistrat breton, La Houssaye (magistrat de la chambre des vacations de Rennes), discours prononcé la veille et qui était une réaction à la nuit du 4 août 1789. Voici un extrait :

« Tous les avocats de Rennes, dont plusieurs siègent dans cette Assemblée, disaient alors au Roi : Vous ne laisserez pas subsister des projets qui, quand ils n’offriraient que des avantages, ne pourraient être exécutés sans le consentement des États ; nos franchises sont des droits, et non pas des privilèges, comme on a persuadé à Votre Majesté de les nommer, pour la rendre moins scrupuleuse à les enfreindre. Les corps ont des privilèges, les nations ont des droits.

Pour autoriser le parlement de Rennes à enregistrer, sans le consentement des États de la province, les lois qui sanctionnent vos décrets, il faudrait, Messieurs, qu’elle ait renoncé à ses franchises et libertés, et vous savez que, dans les assemblées qui ont précédé la vôtre, tous les suffrages se sont réunis pour le maintien de ces droits inviolables, que nos pères ont défendus, et que nous avons nous-mêmes réclamés avec un zèle si persévérant.

…comptables à nos citoyens du dépôt de leurs droits, franchises et libertés, nous n’avons pas dû les sacrifier à des considérations pusillanimes.

De vrais magistrats ne sont accessibles qu’à une crainte, celle de trahir leur devoir… »

La Constitution française du 3 septembre 1791 dit ceci (Titre 3, Article 1) : « La souveraineté est une, indivisible, inaliénable et imprescriptible. Elle appartient à la Nation ; aucune section du peuple, ni aucun individu, ne peut s’en attribuer l’exercice. »

« Les corps ont des privilèges, les nations ont des droits. »

La souveraineté de la nation bretonne appartient à la nation bretonne. Elle est « inaliénable et imprescriptible ».

La nuit du 4 août 1789, les révolutionnaires français n’ont pas fait que voter la fin des privilèges de la noblesse, ils ont violé les droits de la nation bretonne. Et ils n’ont pas fait que violer ses droits, ils ont décidé de la faire disparaître. Ils l’ont fait disparaître d’abord sur le papier, puis ils l’ont fait disparaître concrètement et méthodiquement, en faisant disparaître le parlement, puis en faisant disparaître la Bretagne elle-même, remplacée par cinq départements. Plus de Bretagne, donc plus de Bretons, plus de nation bretonne. Il restait une langue, le breton, qui rappelait le nom de la Bretagne, il fallait aussi la faire disparaître.

« Nous n’avons plus de provinces, & nous avons encore environ trente patois qui en rappellent les NOMS. »

Henri Grégoire

Ce qu’ont entrepris les révolutionnaires français, et ce qui a été mené à leur suite par l’Etat français, quel que soit le régime politique, c’est un génocide culturel : la « liquidation » de la nation bretonne.


LE GÉNOCIDE CULTUREL

Le génocide culturel mené par l’Etat français en Bretagne est une réalité, le contester est du négationnisme, ne pas le dénoncer est s’en faire le complice.

La gauche, et en particulier le parti socialiste, avec ses ancêtres assumés, de l’abbé Grégoire à Jules Ferry, tient un rôle central dans la poursuite de ce génocide culturel.

Les socialistes, jusqu’à présent, ne le reconnaissent pas. Ils font les sourds et les aveugles et cherchent hypocritement et sournoisement à le poursuivre au nom des « valeurs républicaines » et de « l’unité et indivisibilité de la république ». Cette dénégation ne durera pas éternellement !


« L’ÉCHEC DU MOUVEMENT POLITIQUE BRETON »

Il existe aujourd’hui, et maintenant depuis longtemps, des partis bretons ainsi que des associations qui militent en faveur du breton et du gallo, en faveur de la réunification de la Bretagne, en faveur de l’enseignement de l’histoire de la Bretagne, en faveur de la culture, etc.

Il est des réussites indéniables, comme la création des écoles Diwan.

Et cependant le bilan est maigre. Dans un article du Peuple breton, Stuart Lesvier a écrit récemment :

« …Ronan le Coadic, sociologue de l’Université a invité à une « méditation de pleine conscience sur le mouvement breton ». Loin de vouloir faire polémique ou un quelconque prosélytisme, le chercheur a discuté autour de cette question : comment comprendre l’échec du mouvement politique breton ? »

Le mouvement politique breton est un échec.

Des partis politiques bretons comme de certaines personnalités, personne ne sait exactement quels sont leurs principes, quels sont leurs objectifs, par quels moyens ils comptent y arriver, et quel temps ils se donnent pour y arriver. Certains se disent régionalistes, d’autres autonomistes, d’autres indépendantistes. Certains s’allient avec des partis français, d’autres non. Certains s’intègrent à des partis français. Certains s’allient un temps puis cessent leur alliance. Certains quittent leur parti, d’autres en sont exclus.

On voit toutes les stratégies être essayées, les unes après les autres ou en même temps, avec un même résultat, l’échec. Et seul un politologue expérimenté et assidu pourrait comprendre à peu près et en gros qui est qui et qui veut quoi, s’il est possible de le comprendre !

Certains sont partiellement conscients du problème. Nil Caouissin note ainsi sur le site Le Peuple breton :

« On a vu ces derniers mois que le mouvement pour l’émancipation de la Bretagne manquait singulièrement de cohérence, avec des ralliements individuels et inconditionnels à « En Marche », sur la base d’espoirs qu’aucun point de programme n’étaye. »

Le manque de cohérence serait-il à ce point nouveau et ne toucherait-il pas l’UDB elle-même, qui, si elle s’est séparée du PS au niveau « régional » (mieux vaut tard que jamais !), n’en continue pas moins son compagnonnage dans les villes de Brest, Rennes et Nantes auprès de maires qui, en 2014, appelaient à rien de moins qu’à la disparition de la Bretagne, auprès de maires, donc, tout ce qu’il y a de plus jacobins ?

***

Qu’est-ce qu’être Breton, qu’est-ce qu’être Français, qu’est-ce que la nationalité, qu’est-ce que la citoyenneté, qu’est-ce que la démocratie, qu’est-ce que la souveraineté, qu’est-ce qu’un peuple, qu’est-ce que le régionalisme, qu’est-ce qu’une république « une et indivisible », qu’est-ce que l’autonomie, qui sait les réponses que les uns et les autres donnent à ces questions ? Le savent-ils eux-mêmes ?


DES DROITS ET NON DES OPINIONS POLITIQUES

Les questions bretonnes essentielles, existentielles, ne relèvent pas des opinions politiques, elles relèvent du droit et de la liberté.

L’enseignement de sa langue et la possibilité de la parler en tous lieux est un droit.

L’enseignement de l’histoire de la Bretagne est un droit.

La reconnaissance de la nation bretonne et de sa souveraineté est un droit.

Ces droits sont niés et les nier est un crime. Il s’agit de mettre fin à un crime : le génocide culturel de la nation bretonne. Il s’agit de mettre fin à l’oppression et à la destruction de notre identité. Il s’agit de mettre fin à la domination française.


REFUSER DE SE SOUMETTRE

Il n’existe pas, aujourd’hui, pour un Breton, de moyen légal de faire reconnaître ses droits. L’oppresseur est l’Etat français lui-même, et la loi est l’instrument de l’oppression. Le jacobinisme est notre ennemi, et c’est lui qui gouverne la France.

Face à cette impasse, que faire ?

Manifester ? Faire la grève de la faim ? Faire la grève de l’impôt ? Poser des bombes ? Détruire les préfectures ? Entartrer les jacobins ? Taguer les bâtiments publics ? Démonter des panneaux ? Jeter de la farine et des œufs ? Des tomates ? Du fumier ?

Face au mensonge et à l’hypocrisie, la meilleure arme reste la vérité. Mais le mouvement breton a peur de la dire. Nulle part on ne l’entend, sauf dans quelques communiqués oubliés aussitôt que lus.

Ceux qui s’associent aux partis français, et en particulier au parti socialiste, perdent la liberté de parole, la liberté de critiquer, et finalement la capacité de penser. Cela ne se voit que trop.

Ceux qui participent aux élections ont peur d’effrayer les électeurs.

Ceux qui reçoivent des subventions ont peur de ne plus en recevoir.

CHACUN DOIT CONNAITRE LA VÉRITÉ ET LA DIRE.

CHACUN DOIT CONNAÎTRE NOS DROITS ET LES REVENDIQUER.

CHACUN DOIT REFUSER DE SE SOUMETTRE À LA DOMINATION FRANÇAISE.

Êtes-vous Bretons ? Les Français commandent.

NOUS SOMMES BRETONS, ET LES FRANÇAIS NE NOUS COMMANDENT PAS !

« Les uns qui se cacheront, par l’esprit de sérieux ou par des excuses déterministes, leur liberté totale, je les appellerai lâches ; les autres qui essaieront de montrer que leur existence était nécessaire, alors qu’elle est la contingence même de l’apparition de l’homme sur la terre, je les appellerai salauds »

J.-P. Sartre

« Il n’y a pas ici un mot qui ne soit d’une exactitude rigoureuse : aussi cette théorie du mensonge, cette consécration de la calomnie se trouvera-t-elle parmi les phénomènes de la Révolution. On ne peut avoir oublié les harangues de Danton et consorts sur la calomnie permise contre les ennemis de la liberté ; et l’on sait que ce nom d’ennemis de la liberté, comme toutes les autres dénominations révolutionnaires, aristocratesroyalisteschouans, etc., a toujours signifié et signifie encore dans la bouche de l’exécrable faction : tous ceux qui ne sont pas ses complices ou ses esclaves. Cette définition, appliquée aux faits, trouverait très-peu d’exeptions. Voilà d’abord le principe. L’habitude est tellement connue, tellement avouée, qu’il serait superflu et même ridicule de vouloir la prouver : elle l’est au point que, si par hasard il y a quelques exceptions, l’histoire les citera comme des traits extraordinaires, comme une espèce de prodige. Il est de fait que tout ce qui s’appelle jacobinmontagnardpatriote, etc., est occupé chaque jour à composer les mensonges du lendemain. Quant au devoir, le mensonge en est un pour eux, au point que s’il arrivait qu’un d’entre eux montrât le plus petit scrupule à cet égard, il serait traité comme un apostat, un transfuge, en un mot comme un honnête homme. […]

Au reste, prenez garde que ce systême est chez eux conséquent et nécessaire. Des hommes que toute vérité accuse et condamne, n’ont d’autre arme, pour se défendre et pour attaquer (par la parole), que le mensonge. Donc ils mentiront tant qu’ils seront à portée de mentir impunément. Dès qu’ils ne le pourront plus, ils seront sans ressource. »

La Harpe – Du fanatisme dans la langue révolutionnaire (1797)


THÉORIE

Le mensuel Le peuple breton a titré son numéro d’octobre 2016 « La domination linguistique », en s’appuyant sur le livre de Philippe Blanchet, Discriminations : combattre la glottophobie. La domination linguistique n’est cependant qu’un aspect de la domination française, ce que j’ai exposé dans un livre portant ce titre.

La philosophie politique existe. Elle définit ce qu’est la démocratie, ce qu’est la souveraineté, ce qu’est une loi juste, ce qu’est la légitimité, ce qu’est la liberté politique, ce qu’est un contrat social, etc. Toutes ces notions sont peu voire pas du tout comprises car généralement non expliquées. La domination s’appuie sur l’ignorance. Le contrat social, qui est la base de la démocratie, n’existe pas en France. L’Etat et les élites y sont les souverains véritables, et non le « peuple », qui n’est rien. La disparition de la région alsacienne, sans que les Alsaciens aient quoi que ce soit à dire, ne le montre que trop bien.

Faire connaître la vérité et diffuser le savoir sont deux choses essentielles.


LE REFUS DE L’IMPÔT

Personne n’est tenu de payer des impôts à un Etat oppresseur. Bien évidemment, face au refus de payer l’impôt, l’Etat oppresseur s’imposera par la force.

En 2016, j’ai demandé à ce que les impôts locaux me soient demandés en breton et non en français. Ma demande a été refusée en arguant de l’article 2 de la constitution française. J’ai par ailleurs refusé de payer la redevance audiovisuelle.

J’ai entrepris la même démarche cette année, en insistant sur le fait que c’était une atteinte à mes droits fondamentaux. Je n’ai pas eu de réponse dans un premier temps. Après une relance de ma part, j’ai finalement reçu la réponse suivante :

En effet, je n’ai pas répondu à votre demande d’exonération des impôts locaux, au motif que les avis d’imposition n’étaient pas en langue bretonne, puisque la réponse vous a déjà été donnée l’année dernière pour l’impôt sur le revenu, à savoir que le dispositif légal ne le permet pas.

Malgré mes réponses des deux années précédentes, vous insistez pour relancer, à la période du dépôt de déclaration, votre revendication “identitaire”.

Ce marronnier pourrait être qualifié d’acharnement anti-fiscal.

Avec mes plates salutations.


UNE REVENDICATION “IDENTITAIRE” ?

On voit là comment l’administration se donne bonne conscience. La revendication du droit au respect de son identité culturelle devient ici une démarche « identitaire », ailleurs une démarche « communautariste », ou encore un « repli sur soi » ou un « repli identitaire ». On renouvelle le champ lexical de la calomnie, sans qu’on précise en quoi exactement une revendication « identitaire » serait délictueuse. Il ne s’agit que de jeter des mots au sens vague mais péjoratif dans le but de discréditer la revendication, en évitant de l’examiner sur le fond.

Le Larousse définie « identitaire » ainsi :

·         Qui concerne l’identité, la singularité de quelqu’un, d’un groupe.

·         Parfois péjoratif. Qui caractérise la revendication par une communauté de son identité menacée.

Revendiquer pour son identité menacée est donc pour la France un délit ou un crime ?

Et celui qui menace cette identité — celui qui, en fait, a décidé de la faire disparaître — n’est lui coupable de rien ? La destruction de l’identité d’une nation — et donc la destruction de cette nation — est précisément un génocide culturel.


LE CONTRAT SOCIAL

Il existe un texte très connu et en même temps tout à fait méconnu, un texte révolutionnaire : Le contrat social de Rousseau.

Rousseau se pose la question de l’origine de la légitimité du pouvoir, question centrale, entre toutes, de la politique.

« L’homme est né libre, & par-tout il est dans les fers. Tel se croit le maître des autres, qui ne laisse pas d’être plus esclave qu’eux. Comment ce changement s’est-il fait ? Je l’ignore. Qu’est-ce qui peut le rendre légitime ? Je crois pouvoir résoudre cette question.

Si je ne considérois que la force, & l’effet qui en dérive, je dirois ; tant qu’un Peuple est contraint d’obéir & qu’il obéït, il fait bien ; sitôt qu’il peut secouer le joug & qu’il le secoüe, il fait encore mieux ; car, recouvrant sa liberté par le même droit qui la lui a ravie, ou il est fondé à la reprendre, ou l’on ne l’étoit point à la lui ôter. Mais l’ordre social est un droit sacré, qui sert de base à tous les autres. Cependant ce droit ne vient point de la nature ; il est donc fondé sur des conventions. Il s’agit de savoir quelles sont ces conventions. […]

La plus ancienne de toutes les sociétés & la seule naturelle est celle de la famille. Encore les enfans ne restent-ils liés au père qu’aussi longtems qu’ils ont besoin de lui pour se conserver. Sitôt que ce besoin cesse, le lien naturel se dissout. Les enfans, exempts de l’obéïssance qu’ils devoient au père, le père exempt des soins qu’il devoit aux enfans, rentrent tous également dans l’indépendance. S’ils continuent de rester unis ce n’est plus naturellement c’est volontairement, & la famille elle-même ne se maintient que par convention.

Cette liberté commune est une conséquence de la nature de l’homme. Sa première loi est de veiller à sa propre conservation, ses premiers soins sont ceux qu’il se doit à lui-même, &, sitôt qu’il est en âge de raison, lui seul étant juge des moyens propres à le conserver devient par-là son propre maitre. […]

Grotius nie que tout pouvoir humain soit établi en faveur de ceux qui sont gouvernés : Il cite l’esclavage en exemple. Sa plus constante manière de raisonner est d’établir toujours le droit par le fait. On pourroit employer une méthode plus conséquente, mais non pas plus favorable aux Tirans.

Il est donc douteux, selon Grotius, si le genre humain appartient à une centaine d’hommes, ou si cette centaine d’hommes appartient au genre humain, & il paroit dans tout son livre pancher pour le premier avis : c’est aussi le sentiment de Hobbes. Ainsi voilà l’espèce humaine divisée en troupeaux de bétail, dont chacun a son chef, qui le garde pour le dévorer. […]

Un peuple, dit Grotius, peut se donner à un roi. Selon Grotius un peuple est donc un peuple avant de se donner à un roi. Ce don même est un acte civil, il suppose une délibération publique. Avant donc que d’examiner l’acte par lequel un peuple élit un roi, il seroit bon d’examiner l’acte par lequel un peuple est un peuple. Car cet acte étant nécessairement antérieur à l’autre est le vrai fondement de la société.

En effet, s’il n’y avoit point de convention antérieure, où seroit, à moins que l’élection ne fut unanime, l’obligation pour le petit nombre de se soumettre au choix du grand, & d’où cent qui veulent un maitre ont-ils le droit de vôter pour dix qui n’en veulent point ? La loi de la pluralité des suffrages est elle-même un établissement de convention, & suppose au moins une fois l’unanimité.

Je suppose les hommes parvenus à ce point où les obstacles qui nuisent à leur conservation dans l’état de nature, l’emportent par leur résistance sur les forces que chaque individu peut employer pour se maintenir dans cet état. Alors cet état primitif ne peut plus subsister, & le genre humain périroit s’il ne changeoit sa manière d’être.

Or comme les hommes ne peuvent engendrer de nouvelles forces, mais seulement unir & diriger celles qui existent, ils n’ont plus d’autre moyen pour se conserver, que de former par aggrégation une somme de forces qui puisse l’emporter sur la résistance, de les mettre en jeu par un seul mobile & de les faire agir de concert.

Cette somme de forces ne peut naitre que du concours de plusieurs : mais la force & la liberté de chaque homme étant les premiers instrumens de sa conservation, comment les engagera-t-il sans se nuire, & sans négliger les soins qu’il se doit ? Cette difficulté ramenée à mon sujet peut s’énoncer en ces termes.

« Trouver une forme d’association qui défende & protège de toute la force commune la personne & les biens de chaque associé, & par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même & reste aussi libre qu’auparavant ? » Tel est le problême fondamental dont le contract social donne la solution.

Les clauses de ce contract sont tellement déterminées par la nature de l’acte, que la moindre modification les rendroit vaines & de nul effet ; en sorte que, bien qu’elles n’aient peut-être jamais été formellement énoncées, elles sont par-tout les mêmes, par-tout tacitement admises & reconnües ; jusqu’à ce que, le pacte social étant violé, chacun rentre alors dans ses premiers droits & reprenne sa liberté naturelle, en perdant la liberté conventionnelle pour laquelle il y renonça. »

Il n’y a de démocratie que fondée sur un contrat social librement accepté.


HEP STOURM NE VEZER KET TREC’H !

Nous devons lutter pour faire reconnaître le génocide culturel — et y mettre fin —, et nous devons lutter pour redonner à la Bretagne sa souveraineté, et mettre ainsi un terme à la domination française.

Cela suppose, pour commencer, de dire la vérité, haut et fort, et cela suppose de refuser toute forme de soumission.

“…it is the duty of every human being to resist oppression.”

« …il est du devoir de chaque être humain de résister à l’oppression. »

“…politically speaking, every pariah who refused to be a rebel was partly responsible for his own position and therewith for the blot on mankind which it represented.”

« …politiquement parlant, tout paria qui refusa d’être un rebelle fut en partie responsable de sa propre position et, par connexion, de la souillure sur l’humanité qu’elle représentait. »

Hannah Arendt – The Jew as Pariah: A Hidden Tradition