A MONSIEUR DE RUGY ET AUX AUTRES DÉPUTÉS FRANÇAIS

HOEL

La domination française (Hoel)

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Qu'est-ce que le socialisme français ? (Hoel)

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« On ne répand pas une langue par la force »

Antoine Meillet – Les langues dans l’Europe nouvelle (1918)

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en DROITS. »

Déclaration universelle des droits de l’homme (1948)

On connoît les tentatives de la politique romaine pour universaliser sa langue : elle défendoit d’en employer d’autre pour haranguer les ambassadeurs étrangers, pour négocier avec eux…

Henri Grégoire – Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française (1794)

« …vous insistez pour relancer, à la période du dépôt de déclaration, votre revendication “identitaire”.

Ce marronnier pourrait être qualifié d’acharnement anti-fiscal.

Avec mes plates salutations. »

Gindre Yvan, Inspecteur principal

Bonjour,

depuis maintenant plus de 6 mois j’essaie, vainement, de faire reconnaître, auprès des députés français, mes DROITS et, accessoirement, ceux des Bretons dans leur ensemble (tant qu’à faire !), et la première chose qui me frappe dans votre réponse, c’est précisément l’absence du mot DROIT !

Qui décide qu’une personne a des DROITS ?

La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, que la France a adopté, au moins en théorie, dit que « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en DROITS. » Parmi ces DROITS figurent les DROITS CULTURELS. Je cite une déclaration de l’Unesco :

“Les DROITS CULTURELS sont partie intégrante des DROITS DE L’HOMME, qui sont universels, indissociables et interdépendants. L’épanouissement d’une diversité créatrice exige la pleine réalisation des droits culturels, tels qu’ils sont définis à l’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et aux articles 13 et 15 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Toute personne doit ainsi pouvoir s’exprimer, créer et diffuser ses œuvres dans la langue de son choix et en particulier dans sa langue maternelle ; toute personne a le droit à une éducation et une formation de qualité qui respectent pleinement son identité culturelle ; toute personne doit pouvoir participer à la vie culturelle de son choix et exercer ses propres pratiques culturelles, dans les limites qu’impose le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales.”

UNESCO – Universal Declaration on Cultural Diversity – Article 5

Ce « DROIT à une éducation et une formation de qualité qui respectent pleinement [mon] identité culturelle », c’est ce dont j’ai été TOTALEMENT privé, parce que des gens mal intentionnés, des scélérats, ont décidé et mis en œuvre, depuis la Révolution française, une politique visant à détruire l’identité bretonne, et en particulier MA langue (VA yezh), que j’ai dû apprendre à l’âge adulte.

« …les vraies dénominations prévaudront même parmi les ci-devant Basques & Bretons, à qui le gouvernement aura prodigué ses moyens : & sans pouvoir assigner l’époque fixe à laquelle ces idiômes auront entièrement disparu, on peut augurer qu’elle est prochaine. »

Henri Grégoire – Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française (1794)

„E kourt Lise La Tour d’Auvergne, e Kemper, e 1925, eo DIVENNET krañched war an douar ha KOMZ BREZONEG. Ar ‘vuoh’ a zo anvet ‘koñsign’…“

Per-Jakez Helias – Marh al Lorh

« Dans la cour du Lycée La Tour d’Auvergne, à Quimper, en 1925, il est INTERDIT de cracher par terre et DE PARLER BRETON. La ‘vache’ est appelée ‘consigne’… »

Dans Le monolinguisme de l’autre (1996), le philosophe Derrida écrit ceci :

« On pourrait aussi « raconter » à l’infini, on a déjà commencé à le faire ici ou là, ce qu’on nous « racontait », justement, de l’« histoire de France », entendons par là ce qu’on enseignait à l’école sous le nom d’« histoire de France » : une discipline incroyable, une fable et une bible mais une doctrine d’endoctrinement quasiment ineffaçable pour des enfants de ma génération. Sans parler de la géographie : pas un mot sur l’Algérie, pas un seul sur son histoire et sur sa géographie, alors que nous pouvions dessiner les yeux fermés les côtes de Bretagne ou l’estuaire de la Gironde. Et nous devions connaître à fond, en gros et en détail, nous récitions en vérité par cœur le nom des chefs-lieux de tous les départements français, des plus petits affluents de la Seine, du Rhône, de la Loire ou de la Garonne, de leurs source et embouchure. »

Jackie Élie Derrida –

Dans le « système scolaire » par lequel je suis passé, ce fut, pratiquement, pas un mot sur la Bretagne, pas un seul sur son histoire, …, pas un seul sur sa littérature, …

— Imagine-le, figure-toi quelqu’un qui cultiverait le français.

Ce qui s’appelle le français.

Et que le français cultiverait.

Et qui, citoyen français de surcroît, serait donc un sujet, comme on dit, de culture française.

Or un jour ce sujet de culture française viendrait te dire, par exemple, en bon français : « Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne. »

Derrida

Derrida écrit également :

« Ce que je dis, celui que je dis, ce je dont je parle en un mot, c’est quelqu’un, je m’en souviens à peu près, à qui l’accès à toute langue non française de l’Algérie (arabe dialectal ou littéraire, berbère, etc.) a été interdit.

A 18 ans, je n’avais qu’une langue, et ce n’était PAS LA MIENNE. MA langue, le « système scolaire » me l’avait INTERDITE.

« Premièrement, l’interdit. Un interdit, gardons par provision ce mot, un interdit particulier s’exerçait donc, je le rappelle, sur les langues arabe ou berbère. Il prit bien des formes culturelles et sociales pour quelqu’un de ma génération. Mais ce fut d’abord une chose scolaire, une chose qui vous arrive « à l’école », mais à peine une mesure ou une décision, plutôt un dispositif pédagogique. L’interdit procédait d’un « système éducatif », comme on dit en France depuis quelque temps, sans sourire et sans inquiétude. »  […]

« L’étude facultative de l’arabe restait certes permise. Nous la savions autorisée, c’est-à-dire tout sauf encouragée. L’autorité de l’Éducation nationale (de l’« instruction publique ») la proposait au même titre, en même temps et sous la même forme que l’étude de n’importe quelle langue étrangère dans tous les lycées français d’Algérie. L’arabe, langue étrangère facultative en Algérie ! »

Derrida

Ce que décrit Derrida pour l’Algérie, c’est ce qui s’est déroulé partout où s’est instaurée la « domination française ». Léopold de Saussure l’avait déjà décrit dans Psychologie de la Colonisation Française dans ses Rapports avec les Sociétés Indigènes (1899) :

« De même que les anciens conquérants espagnols voyaient dans les curieuses civilisations de l’Amérique centrale des pratiques diaboliques indignes d’être respectées et qu’il importait de vouer à une destruction immédiate, de même, dans les civilisations de l’Indo-Chine, dans ces monuments de la tradition et de la sagesse de peuples très affinés, nous ne voyons que des institutions hostiles à notre domination et que nous nous efforçons de saper pour transformer ces races à l’image de la nôtre.

[…]

La substitution de la langue française aux langues indigènes joue, en effet un rôle capital dans leur programme de transformation radicale ; c’est pourquoi nous les voyons consacrer leurs efforts, dès le début d’une conquête, à la diffusion de la langue et s’inquiéter fort peu des mesures par lesquelles les autres nations colonisatrices s’attachent à développer leurs possessions.

En cela ils sont très logiques avec leurs principes : d’après leur conception du genre humain, les différences de race consistent uniquement dans les différences des institutions, des croyances et des langues. Comme ils n’admettent pas de relation intime entre ces éléments de civilisation et la race, ils ne voient aucune difficulté à les supprimer et à les remplacer par d’autres. La transformation des races indigènes est accomplie, d’après eux, lorsque cette substitution de la langue et des institutions civilisées aux langues et aux institutions indigènes a été réalisée.

Il ne faut donc pas s’étonner de l’importance prépondérante que LES ASSIMILATEURS attachent à la DESTRUCTION DES LANGUES INDIGÈNES. Au congrès de 1889 aucun d’eux ne s’inquiète de la lenteur de notre organisation coloniale ; par contre, la question de la diffusion de notre langue tient la plus large place dans leurs délibérations. »

Les révolutionnaires ne parlaient pas d’ « ASSIMILATION », mais de « RÉGÉNÉRATION ». C’est le terme utilisé par Grégoire dans le titre d’un de ses ouvrages : Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs (1789), dans lequel il écrit ceci :

« Sans doute on parviendra quelques jours à extirper cette espèce d’argot, ce jargon tudesco-hébraïco-rabbinique dont se servent les Juifs allemands, qui n’est intelligible que pour eux, et ne sert qu’à épaissir l’ignorance ou à masquer la fourberie. »

« Les gouvernements ignorent ou ne sentent pas assez combien l’anéantissement des patois importe à l’expansion des lumières, à la connaissance épurée de la religion, à l’exécution facile des lois, au bonheur national, et à la tranquillité politique. »

La « régénération » et l’« assimilation » sont deux termes qui recouvrent la même réalité, une réalité qu’un autre philosophe, Sartre, désignera par l’expression ”cultural genocide” :

“After the bloodbath of conquest in Algeria during the last century, the French imposed the Code Civil, with its middle-class conceptions of property and inheritance, on a tribal society where each community held land in common. Thus they systematically destroyed the economic infrastructure of the country, and tribes of peasants soon saw their lands fall into the hands of French speculators. Indeed, colonization is not a matter of mere conquest as was the German annexation of Alsace-Lorraine; it is by its very nature an act of CULTURAL GENOCIDE. Colonization cannot take place without systematically liquidating all the characteristics of the native society […] For the subject people this inevitably means the extinction of their national character, culture, customs, sometimes even language.”

Jules Ferry justifiait cette politique d’« assimilation » au nom d’un DROIT. Je le cite :

« Les races supérieures ont un DROIT vis-à-vis des races inférieures. Je dis qu’il y a pour elles un DROIT parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures.

Et si les indigènes avaient la mauvaise idée de résister ?

« …qui peut dire qu’à un moment donné les populations n’attaqueront pas nos établissements ? Que ferez-vous alors ? Vous ferez ce que font tous les peuples civilisés et vous n’en serez pas moins civilisés pour cela ; vous résisterez par la force… »

Et on affichait les DROITS DE L’HOMME :

« Paul Bert arrivant au Tonkin […] eut pour premier soin de faire afficher les DROITS DE L’HOMME à Hanoï. ».

Les mots ! les mots ! On a brûlé au nom de la charité, on a guillotiné au nom de la fraternité. Sur le théâtre des choses humaines, l’affiche est presque toujours le contraire de la pièce.

Edmond et Jules de Goncourt – Idées et sensations

Et c’est la situation dans laquelle, nous, Bretons, nous nous trouvons toujours. Et nous ne sommes pas les seuls. On affiche les Droits de l’homme, mais on viole ces droits, qui sont NOS droits, qui sont les DROITS de tout être humain.

_____

Dans votre réponse vous dites :

« Je fais suite à votre mail concernant le décret du 20 juillet 1794 sur la langue française.

Sachez tout d’abord qu’il existe des textes plus récents sur l’utilisation de la langue française, à commencer par notre Constitution dans son article 2 : « La langue de la République est le français. »

Une loi est une loi et son application ne dépend pas de son degré d’ancienneté. Et si cette loi est contredite par des lois plus récentes, pourquoi n’est-elle pas abrogée ?

Vous citez la constitution française mais, d’une part, je ne vois pas le progrès (et en disant qu’il existe des textes « plus récents », vous sous-entendez qu’il existerait un progrès par rapport au décret de 1794), d’autre part, la loi de 1794 est la seule à définir une peine, une condamnation, pour l’utilisation d’une langue autre que le français. Elle est donc essentielle dans le dispositif oppressif. Et c’est pour cela qu’elle n’est pas abrogée. Pourquoi se soumettrait-on à une interdiction si enfreindre cette interdiction n’est sanctionné d’aucune peine, d’aucune condamnation ? Et pourquoi maintenir une peine, une condamnation, si l’on pense que tout le monde respectera l’interdiction volontairement ?

Vous dites ensuite :

« La loi du 4 août 1994 vise à préciser l’emploi de la langue française est en vigueur aujourd’hui ». (sic)

Voici une réponse que m’a faite l’administration fiscale le 25 avril 2018 :

« L’article 1 de la loi du 4 août 1994 précise que la langue française est la langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics. » Mme Danielle Martin Contrôleur Fip 1ere Classe)

Le français, encore le français, toujours le français

Sera-t-il dit que vous irez toujours directement contre votre but ; que toujours vous ferez mépriser par la raison ce que vous voulez faire respecter par des lois ?

La Harpe – Du fanatisme dans la langue révolutionnaire

Je recite le linguiste Meillet :

« On ne répand pas une langue par la force »

Et c’est ce que vous faites. Vous imposez le français par la force. Et c’est ce que je refuse. Je refuse qu’on m’impose le français de force. Et c’est mon DROIT, ne vous en déplaise.

_____

Vous imposez le français de force (vous, les députés français, l’Etat français, les partis jacobins, l’administration, la justice, …) et exercez une OPPRESSION contre ma propre langue, mais vous ne voulez pas passer pour des OPPRESSEURS.

Aucun député n’a repris le mot « OPPRESSION » ! Cela avait été l’objet d’une de mes questions aux députés :

« Reconnaissez-vous que l’Etat français a mené, depuis la loi du 2 Thermidor an II, une politique linguistique oppressive à l’égard du breton (et d’autres langues) ?

(L’oppression d’une langue se caractérise par son interdiction, dans des lieux donnés : les services publics, l’école et l’université, etc.) »

Dans votre réponse, le deuxième mot absent, avec le mot DROIT, est le mot OPPRESSION.

Vous dites également :

« l’article L4433-1 du code général des collectivités territoriales confère aux Conseils régionaux la promotion des langues régionales »

Une politique de « revitalisation linguistique » suppose la création de postes d’enseignants en nombre suffisant. Or qui décide du nombre de postes d’enseignants ? Le ministère de l’éducation nationale. Et ce ministère a décidé de faire passer le nombre de postes proposé au Capes de breton de 4 à … 2 ! Est-ce là la marque d’une « réelle volonté politique », pour reprendre votre expression ? Certainement, d’une réelle volonté politique de freiner le développement de l’enseignement bilingue en Bretagne.

Dans un précédent mail, j’ai écrit ceci :

« Le développement de l’enseignement bilingue repose, soit sur une politique de la « demande », soit sur une politique de l’ « offre ». Avec la politique de la « demande », c’est la « demande » des parents qui entraîne l’ouverture de classes bilingues. Avec la politique de l’ « offre », l’enseignement bilingue est proposé à tous les enfants, quitte aux parents de la refuser s’ils le souhaitent.

Les Corses ont obtenu que soit mise en place une politique de l’ « offre ». En Bretagne, nous restons sur une politique de la « demande ». »

Et la deuxième question que je posais alors était celle-ci :

« 2 – Êtes-vous favorable à une politique de l’ « offre » pour l’enseignement bilingue en Bretagne (comme c’est déjà le cas en Corse) ? »

Elle était suivie des deux suivantes :

« 3 – Êtes-vous favorable à un statut adapté pour les écoles Diwan ?

4 – Êtes-vous favorable à ce que le breton et le gallo deviennent langues co-officielles en Bretagne, à côté du français ? »

 

Vous achevez votre réponse en « espérant avoir été le plus précis possible. ». Mais précisément non, en ne répondant pas aux questions précises que je pose, votre position reste en réalité très vague.

_____

Il existe désormais une loi à laquelle vous n’avez pas fait référence, mais que d’autres députés m’ont signalée, une loi à la vérité tout à fait extraordinaire, la LOI EGALITÉ RÉELLE OUTRE-MER du 28 février 2017. Je cite madame Sandrine Le Feur :

« Concernant la Loi du 2 Thermidor, qui est en réalité un décret, sachez Monsieur, que dans la Loi Egalité réelle Outre-mer du 28 février 2017 (à l’article 76), ce Décret du 2 Thermidor an II sur lequel se basait notamment le Ministère de la justice pour interdire les livrets de famille bilingues a été rendu inopérant.

Il a en effet été ajouté par amendement travaillé de concert entre Paul Molac, Victorin Lurel et l’ancien Garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas que l’arrêté “n’a ni pour objet ni pour effet de prohiber l’usage de traductions lorsque l’utilisation de la langue française est assurée.».

Vous aviez une bonne raison de ne pas me signaler cette loi, c’est qu’elle concerne l’ « outre-mer » ! Et pour l’Etat français, la Bretagne n’entre pas dans le cadre de l’ « outre-mer ».

Et voilà un troisième mot absent de votre réponse, le mot « ÉGALITÉ » !

Lorsque la juge de Quimper, Fabienne Clément, interdit l’utilisation de l’orthographe du breton dans les prénoms (en s’appuyant sur la Circulaire du 23 juillet 2014 relative à l’état civil), elle invoque LE PRINCIPE D’ÉGALITÉ :

“Le principe selon lequel les prénoms de l’enfant sont choisis par ses père et mère doit connaître des limites lorsqu’il s’agit d’utiliser une orthographe qui comprend un signe diacritique non reconnu dans la langue française” … “admettre l’inverse reviendrait à rompre la volonté de notre Etat de droit de maintenir l’unité du pays et l’égalité sans distinction d’origine“. »

Et voici ce que dit la Circulaire sur laquelle s’appuie ce jugement :

« Le principe de liberté de choix de prénom consacré par la loi n° 93-22 du 8 janvier 1993 modifiant le code civil relative à l’état civil, à la famille et au droit de l’enfant et instituant le juge aux affaires familiales a conduit à s’interroger sur la possibilité pour un officier de l’état civil d’admettre certains prénoms comportant des signes diacritiques non connus de la langue française.

A cet égard les principes suivants doivent être rappelés :

La loi n° 118 du 2 Thermidor An II (20 juillet 1794) dispose que les actes publics doivent être écrits en langue française sur le territoire de la République et l’arrêté du 24 prairial an XI (13 juin 1803) précise que l’emploi de la langue française est obligatoire, même dans les régions où l’usage de dresser les actes publics dans l’idiome local se serait maintenu. De surcroît l’article 2 alinéa 1er de la Constitution, issu de la loi constitutionnelle n° 92-554 du 25 juin 1992, dispose que la langue de la République est le français et la loi n° 94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de langue française ne permet pas de déroger à la loi du 2 Thermidor An II. »

D’une part, encore et toujours cette « loi n° 118 du 2 Thermidor An II », d’autre part, qu’est-ce que cette ÉGALITÉ dont on nous parle et que la juge de Quimper prétend défendre ?

J’ai dit que la LOI EGALITÉ RÉELLE OUTRE-MER était « extraordinaire », et elle est extraordinaire d’abord par cette expression d’ « ÉGALITÉ RÉELLE », qui implique qu’il existe des « égalité » non-réelle, irréelle, fausse, …  et l’« ÉGALITÉ » de Madame la juge de Quimper, l’« ÉGALITÉ » que l’Etat français, que l’administration française, que la justice française imposent en Bretagne, est une FAUSSE ÉGALITÉ.

Cela, je l’ai déjà dit dans un précédent mail, et je vais à nouveau me citer, et surtout citer les anciens députés socialistes Urvoas et Jung :

« Je reviens à présent sur la « Loi Egalité réelle Outre-mer du 28 février 2017 », qui dit que « l’arrêté “n’a ni pour objet ni pour effet de prohiber l’usage de traductions lorsque l’utilisation de la langue française est assurée. »

Monsieur Urvoas est, avec un autre ancien député socialiste, Armand Jung, l’auteur d’un ouvrage intitulé : Langues et cultures régionales : en finir avec l’exception française (2012). Dans cet ouvrage, les deux auteurs s’arrêtent sur le concept d’EGALITE. Je les cite :

« La France fait figure de citadelle assiégée pour son traitement si particulier, et de fait sans équivalent dans le monde occidental, de la question des langues régionales. L’incongruité d’une position consistant à s’ériger en défenseur implacable de la diversité culturelle chez les autres tout en en prohibant les manifestations les plus inoffensives sur son propre sol apparaît de plus en plus patente aux yeux d’une opinion publique internationale chez qui l’incompréhension le dispute à l’irritation. En l’espèce, la position française dans ce domaine laisse bel et bien transparaître une indéniable duplicité qui a l’inconvénient de ne plus tromper personne. »

« Le profond malaise des autorités de notre pays à l’égard de textes internationaux faisant référence à la protection des langues minoritaires ou des groupes linguistiques qui les pratiquent en témoigne volontiers. Afin d’éviter d’attirer inutilement l’attention, on consent parfois à les adopter, soit parce qu’ils sont dépourvus de toute force contraignante, soit parce que l’inexécution des dispositions embarrassantes qu’ils contiennent a de bonnes chances de passer inaperçue. Ainsi la

Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 et la

Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950

sont-elles entrées en vigueur en France alors même qu’elles comprennent des mesures prohibant formellement toute discrimination fondée sur la langue. »

[…]

 

« D’où vient la singularité de notre pays en la matière ? D’une CONCEPTION DU PRINCIPE D’ÉGALITÉ qui lui est propre et, de fait, totalement inintelligible dans le reste du monde. »

« L’article 2 de la Constitution reconnaissant l’égalité des citoyens sans distinction de race ni d’origine, il ne peut exister de minorité culturelle ou linguistique sur notre sol puisque tous les Français sont égaux. Dans cette perspective, aucun « groupe » distinct du corps national indivisible ne peut être reconnu et, partant, aucun droit spécifique ne peut être octroyé, par exemple, aux locuteurs d’une langue régionale. Cette interprétation stricte du principe d’égalité n’a pourtant pas la force objective et quasi-scientifique qu’on lui prête habituellement. Elle constitue en effet, en dernier ressort, le fruit d’un processus historique d’unification nationale spécifique à la France et son instrument de légitimation idéologique. »

« La définition européenne et internationale de ce même principe, telle qu’elle s’est progressivement élaborée au cours du dernier demi-siècle, s’affranchit bien sûr pour sa part de contingences inhérentes à un groupe humain donné. Partant du postulat qu’une égalité de droit peut générer une inégalité de fait, les grandes démocraties occidentales fondent leur action en la matière sur un traitement égal des situations identiques mais aussi, parallèlement, sur un traitement différencié des situations dissemblables. Pour résumer, selon cette approche, « l’égalité devant la loi » n’implique pas que tous les citoyens parlent une langue unique et communient dans une identité exclusive en toutes circonstances, mais qu’ils voient leur identité et leur langue propres également respectées. »

« Il ne faut pas oublier que le propre de la langue révolutionnaire est d’employer des mots connus, mais toujours en sens inverse ; et cela ne souffre point d’exception. »

La Harpe – Du fanatisme dans la langue révolutionnaire

La « Loi Egalité réelle Outre-mer » n’introduit pas encore, en réalité, une ÉGALITÉ RÉELLE, elle met simplement sur la voie.

J’avais dans ce mail terminé par une question, une question fondamentale, à laquelle vous n’avez malheureusement pas répondu (mais il n’est pas trop tard !), à savoir si vous étiez favorable à L’ÉGALITÉ « RÉELLE », ou au contraire à la « FAUSSE » ÉGALITÉ.

Quelle que soit votre réponse, je rappelle ce que dit la Charte 08 des démocrates chinois :

« Human rights are not bestowed by a state; they are inherent rights enjoyed by every person [LES DROITS HUMAINS NE SONT PAS ACCORDÉS PAR UN ÉTAT ; CE SONT DES DROITS INHÉRENTS DONT JOUIT TOUTE PERSONNE.] »

L’Etat français n’a aucun DROIT à imposer sa « version » de l’EGALITÉ, sa PSEUDO-ÉGALITÉ. Les droits humains ne sont pas accordables selon le bon (en l’occurrence le mauvais) vouloir des États. L’Etat français n’est pas le propriétaire des DROITS DE L’HOMME, DROITS dont il pourrait faire ce qu’il voudrait — ce qui a été jusqu’ici le cas !

La loi n° 118 du 2 Thermidor An II pourrait condamner à mort toute personne parlant une autre langue que le français, que vous parleriez encore et toujours d’ « égalité devant la loi » !!!

_____

Un quatrième mot qui manque à votre réponse est le mot VÉRITÉ. Parmi mes questions aux députés, il y avait celle concernant la VÉRITÉ HISTORIQUE.

« Il est de fait que tout ce qui s’appelle jacobin, montagnard, patriote, etc., est occupé chaque jour à composer les mensonges du lendemain. »

La Harpe – Du fanatisme dans la langue révolutionnaire

Les royalistes, les républicains, les bonapartistes soustraient chaque jour de ce grand procès une foule de pièces officielles, de documens authentiques ; les révolutionnaires de 1789 et les contre-révolutionnaires de 1814 travestissent également les hommes et les choses ; chacun refait ses écrits, sa réputation, sa vie, selon les principes, ou, pour mieux dire, selon les intérêts du jour, et presque tout le monde ment au public et se ment à soi-même !

G.-H. Rocques Montgaillard – Histoire de France

« Pour liquider les peuples, disait Hübl, on commence par leur enlever la mémoire…. »

Milan Kundera – Le livre du rire et de l’oubli

« On pourrait aussi « raconter » à l’infini, on a déjà commencé à le faire ici ou là, ce qu’on nous « racontait », justement, de l’« histoire de France », entendons par là ce qu’on enseignait à l’école sous le nom d’« histoire de France » : une discipline incroyable, une fable et une bible mais une doctrine d’endoctrinement quasiment ineffaçable pour des enfants de ma génération. »

Jackie Élie Derrida – Le monolinguisme de l’autre

Je vais à nouveau me citer :

« Quand on veut « liquider » un peuple, on cherche à lui « enlever la mémoire ». L’historien Frédéric Morvan a publié Bretagne, l’histoire confisquée. En voici la présentation par l’auteur :

« Cette enquête rend à la Bretagne et aux Bretons leur identité et leurs racines. Pourquoi ? Parce que les Bretons ne connaissent pas leur histoire. Hormis Du Guesclin, le roi Arthur avec la série Kaamelott et Anne de Bretagne, ce passé reste confisqué. Par qui et pourquoi ? »

 

Vous êtes favorable à la réunification de la Bretagne historique, et l’on doit vous en être reconnaissant. Mais si l’histoire de la Bretagne était enseignée en Bretagne, la réunification se ferait rapidement !

J’avais demandé aux députés s’ils étaient favorables ou pas à l’enseignement de l’histoire de la Bretagne … en Bretagne, en Bretagne historique, mais vous n’avez curieusement pas répondu, comme n’ont curieusement pas répondu la plupart des députés, puisque seuls deux députés s’y sont dit favorables.

_________

Les livres, comme les conversations, nous donnent rarement des idées précises. Rien n’est si commun que de lire et de converser inutilement. […] Il faut répéter ici ce que Locke a tant recommandé : Définissez les termes.

Voltaire – « Abus des mots » (Dictionnaire philosophique)

Je vais m’arrêter ici pour cette fois mais je pourrais continuer — et je vais continuer plus tard — avec les mots LIBERTÉ, SOUVERAINETÉ, VIOLENCE INSTITUTIONNELLE, …

« Nous ne sommes point dupes de votre langage : nous avons trop bien appris à le connaître. Dans votre bouche, aimez la liberté, aimez la constitution, aimez la république, tout cela ne signifie qu’une seule et même chose : aimez notre domination, et en conscience je ne crois pas que nous y soyons obligés. »

La Harpe – Du fanatisme dans la langue révolutionnaire

Les députés, comme l’administration, quand ils daignent me répondre, n’ont guère que cette pauvre constitution française à m’opposer, et à m’imposer, une constitution liberticide sur laquelle je ne vais pas m’étendre. Votre constitution, qui exhale la sournoiserie jacobine, je ne l’aime pas. Et la citation de La Harpe, qui date de 1797, et qui n’a pas pris une ride, je la reprends totalement à mon compte.

NOS DROITS … PAS L’AUMÔNE

Vous dites dans votre réponse que vous continuez de « saisir régulièrement le Ministre de l’Education nationale et le Recteur d’Académie » sur le sujet de l’enseignement bilingue, mais vous ne devriez pas avoir à le faire. Si nos DROITS étaient respectés, vous n’auriez pas besoin de le faire, s’il existait une « RÉELLE VOLONTÉ POLITIQUE », vous n’auriez pas besoin de le faire.

Nous ne sommes pas des clochards qui demandons l’aumône, nous sommes des êtres humains qui demandons le respect de nos droits et la fin de l’hostilité perfide et sournoise de l’Etat français à notre égard.

Bien à vous,

Hoel.